FILM — 2022 / MARIO VALERO


PASSE-PAROLE CROSS WORDS

(80’, fiction documentaire)

avec Élise Vilain Gosselin, Hugues Perrot,
Marius Loris, Clémence Arrivé, Judit Naranjo Ribó,
Lisa Merleau, Raimon Gaffier, Andriu Deplazes
image Raimon Gaffier, Mario Valero
son Ona Balló Pedragosa
décor, costumes Élise Vilain Gosselin
montage image Léo Richard
montage son Théophile Gay-Mazas
musique Cocanha (Lila Fraysse et Caroline Dufau)
étalonnage Raimon Gaffier
mixage Philippe Grivel

Production LLUM (Lisa Merleau) et Hippocampe (Jordane Oudin)




Passe-parole arrime son récit à un fait divers, qui se révèle vite prétexte à faire le portrait sensible et charnel d’une génération autour de deux personnages principaux, Pierre et Mila, et d’une bande trentenaire bien campée. Ils sont journalistes, profs, menuisiers, artistes, entre Paris, Marseille et Bruxelles. Mario Valero met en scène des fragments de vie quotidienne et les entremêle à des éclats impressionnistes urbains et bucoliques. Le bruit du monde en arrière-fond – rumeurs de la rue, échos visuels des manifestations, bribes d’informations, discours présidentiels – marquent le temps qui passe. On ne sait pas trop si se séparer est une bonne décision. On ne sait pas trop où habiter. « Pourquoi dès qu’on évoque la politique, on marche sur des œufs » ? Un plan s’attarde en ouverture sur un écran d’ordinateur où se cherche le mot juste, comme la caméra, agile, semble chercher la juste distance entre zoom et dézoom. Les aléas affectifs se succèdent sans saillance narrative. Un montage tranchant interrompt sèchement les fêtes comme les conversations intimes des personnages : Passe-parole s’applique à ne rien laisser se déployer ni s’enraciner dans des scènes cadrées sur les corps. Ce morcellement distille une incertitude sourde et traduit un monde flottant et confus. Nourri de la Nouvelle Vague, en maîtrisant brillamment les codes et les motifs, Passe-parole reste cependant un film fièrement énigmatique, qui ne produit aucun discours pour s’expliquer. Il dessine un paysage affectif aux couleurs automnales, symptôme d’un étiolement et d’une tristesse creusée par de très beaux chants polyphoniques aux accents nostalgiques. Ce qui consiste et résiste alors, ce sont les visages, amis, aimés, cueillis par Mario Valero en plans serrés et caressants, comme un bouquet de fleurs dont on sait qu’elles vont faner.
(Claire Lasolle)




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